Projet "Intersectionnalité, cultures et politiques"

Projet transversal du CREA 2018
« Intersectionnalité, cultures et politiques »

Responsables : Laurence Gervais et Alice Braun

Forgé par Kimberlé Crenshaw (1989), le concept d’intersectionnalité est le plus souvent associé à la théorie féministe noire américaine et au projet politique de théoriser les rapports entre le genre, la classe et la race. Toutefois il a été repris et élaboré par d’autres courants de la pensée du XXème et du XXIème siècles ayant pour projet la déconstruction des oppositions binaires et de l’universalisme dans les sciences sociales contemporaines, ainsi que l’étude des inégalités, de la différence et de la diversité (Phoenix, 2006 ; Brah et Phoenix, 2004). Les études postcoloniales (Mohanty, 1988 ; Mani, 1989), les Diaspora Studies (Brah, 1996), la théorie queer (Butler, 1989) et les cultural studies en général utilisent toutes l’intersectionnalité afin de conceptualiser des identités multiples et changeantes.
L’intersectionnalité explore comment les catégories de race, de classe et de genre sont entrelacées et mutuellement constitutives et la façon dont la race, la classe et le genre interagissent dans les réalités sociales, culturelles, politiques et matérielles pour produire et transformer les rapports de pouvoir (Anthias et Yuval-Davis, 1983 ; Yuval-Davis, 1997 ; Anthias, 1998 ; Collins, 2000). L’intersectionnalité se veut une théorie transdisciplinaire visant à appréhender la complexité des identités et des inégalités sociales par une approche intégrée. Elle réfute le cloisonnement et la hiérarchisation des grands axes de la différenciation sociale que sont les catégories de sexe/genre, classe, race, ethnicité, âge, handicap et orientation sexuelle (Sirma Bilge 2009).
L’approche intersectionnelle va au-delà d’une simple reconnaissance de la multiplicité des systèmes d’oppression opérant à partir de ces catégories et postule leur interaction dans la production et la reproduction des inégalités sociales (Crenshaw 1989 ; Collins 2000 ; Brah & Phoenix 2004). Elle propose d’appréhender « la réalité sociale des femmes et des hommes, ainsi que les dynamiques sociales, culturelles, économiques et politiques qui s’y rattachent comme étant multiples et déterminées simultanément et de façon interactive par plusieurs axes d’organisation sociale significatifs » (Stasiulis 1999).

Les différents axes du CREA, en particulier l’axe « Politiques, arts et cultures », mais également l’axe Littérarités et l’axe Langue et langage se proposent de se saisir de l’approche intersectionnelle pour interroger les pratiques théoriques et critiques modernes, les représentations culturelles de la différence et de la diversité en littérature ou au cinéma, ainsi que les réalités et les pratiques sociales mais aussi les dispositions institutionnelles et les idéologies culturelles dans l’ère anglophone.

Concrètement, le projet « Intersectionnalité, cultures et politiques » s’organisera autour d’un séminaire avec invitations et d’un colloque monté en 2019 sur le thème « Queering the City » en lien (à confirmer) avec le colloque du pôle nord-est de l’IDA monté par l’Université Paris Est Marne-la-Vallée et Paris 8 (projet COMUE possible).



Mis à jour le 09 avril 2018