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Séminaire "Construction des idéologies" : "Aspects de la diplomatie et de la politique culturelles américaines"

Publié le 11 décembre 2023 Mis à jour le 11 décembre 2023

Co-organisé par le CREA (Université Paris Nanterre) et l'IDEA (Université de Lorraine)

Date(s)

le 15 décembre 2023

15h30-17h
Lieu(x)
Sur place : Salle A 311, campus Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Lorraine, Nancy
A distance : lien de connexion Teams

"Aspects de la diplomatie et de la politique culturelles américaines"

  • Frédéric Heurtebize (CREA - Université Paris Nanterre)

"La cité sur la colline : aux origines de l’exceptionnalisme américain"


Empruntée au pasteur John Winthrop, la métaphore de la « cité sur la colline » irrigue abondamment la rhétorique exceptionnaliste américaine. Forgée en 1630 dans un sermon adressé à un groupe de Puritains s’apprêtant à quitter l’Angleterre pour fonder Boston, son ubiquité dans le discours politique n’en demeure pas moins relativement récente. Avant les années 1960, nul candidat à la Maison-Blanche ne songe à invoquer ce texte inspiré de l’Évangile de Matthieu. Longtemps oublié, le thème de la « cité sur la colline » réapparaît au milieu du XXe siècle dans les travaux de Perry Miller, professeur d’études américaines à Harvard, pour lequel il constitue à la fois l’acte de naissance de la nation américaine et la première manifestation de son caractère exceptionnel. Si la plupart des États sont le fruit de contingences géographiques, de guerres ou d’annexions, l’Amérique, estime-t-il, est née d’une volonté et d’une mission clairement articulées : être un modèle et une lumière pour l’humanité tout entière. Depuis lors, la « cité sur la colline » occupe une place de choix dans l’imaginaire politique aux États-Unis. De John F. Kennedy à Barack Obama, tous les présidents américains l’ont invoquée pour professer leur adhésion à la notion d’exceptionnalisme américain.
  • François Doppler-Speranza (IDEA - Université de Lorraine)

"La politique culturelle américaine et l’idéologie du « monde libre » autour des bases militaires en France (1950-1967)"

Cette présentation s’intéresse aux contacts entre civils français et militaires américains sur et autour des bases militaires installées en France pendant la Guerre froide. Elle interroge la façon dont l’enclave militaire relaye la projection culturelle officielle par l’échange et le don tout en mobilisant la question de la sécurité collective, ciment du « monde libre ». 
Dans les années 1950, le commandement militaire américain encourage le dialogue et la coopération avec les forces armées françaises afin d’assurer la stabilité de l’alliance atlantique. Il s’appuie aussi sur les services diplomatiques pour tisser des liens avec la communauté locale et faire naître un sentiment de compréhension mutuelle. Les opérations portes ouvertes, les rencontres sportives ou les spectacles dansants sont autant de moyens de mêler la projection d’une image positive des Etats-Unis avec la promesse d'un retour à la prospérité et d'une sécurité durable. 
Ensemble, civils et militaires donnent à voir une Amérique provinciale, authentique, mais surtout ancrée dans une action territorialisée visant à susciter l’admiration, l’estime, et à inspirer la sympathie envers le projet de société américain d’après-guerre. Ainsi déployée en obligations continues – et finalement réciproques –, la politique culturelle construit alors une idéologie du « monde libre » reposant sur la prédominance des questions de sécurité et de prospérité. À travers quelques exemples tirés d’archives publiques et de collections privées, nous verrons combien la diffusion de cette idéologie s’appuie sur des initiatives individuelles et des opérations informelles. Cette particularité, qui fait partie intégrante de la stratégie américaine de Guerre froide, suscite des questions quant aux contours idéologiques d’un « empire en pointillés » dans lequel s’inscrit le vaste réseau de bases militaires dans le monde.



Frédéric Heurtebize est maître de conférences en histoire et civilisation américaines à l’université Paris Nanterre (CREA, EA370), et chercheur associé au Mesopolhis (Aix-Marseille Université) ainsi qu’au Centre d’histoire de Sciences Po (CHSP). Il est actuellement chercheur invité à la School of International Service de l’American University à Washington. Spécialiste des institutions et de la politique étrangère des États-Unis, il est l’auteur du Péril rouge. Washington face à l’eurocommunisme (PUF, 2014). Il a récemment codirigé un ouvrage collectif intitulé Alliances and Power Politics in the Trump Era : America in Retreat ? (Palgrave Macmillan, 2020) et « Les communistes et l'Europe : de l'eurocommunisme au rêve de Maison commune européenne », Histoire@Politique, n° 46, 2022.

François Doppler-Speranza est maître de conférences en histoire et culture des Etats-Unis à l’université de Lorraine. Ses recherches portent sur l’histoire culturelle et diplomatique dans l’espace transatlantique. Il a récemment publié un ouvrage intitulé Une armée de diplomates. Les militaires américains en et la France (1944-1967) aux presses de l’université de Strasbourg (2021). Il a également contribué, dans le cadre de la Chaire Jean Monnet « Le sport passeur d’Europe », à quelques ouvrages sur l’histoire globale des Jeux olympiques et a publié plusieurs articles sur la diplomatie sportive dans la revue Guerres mondiales et conflits contemporains ou le Journal of European Integration History. Sa recherche a reçu le soutien de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et de l’Association pour les Etudes sur la Guerre et la Stratégie (AEGES).

Mis à jour le 11 décembre 2023