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Séminaire OAB Julie Le Gac et Geneviève Moulard
Publié le 31 mars 2026
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Mis à jour le 31 mars 2026
“La militarisation des femmes et les enjeux genrés de la prise en charge des troubles psychiques au sein de l’armée britannique” Julie Le Gac (Université Paris Nanterre-IUF) et Geneviève Moulard (Université Paris Nanterre)
Date(s)
le 8 avril 2026
8 avril 2026, 17-19h
Lieu(x)
Bâtiment Ida Maier (V)
Salle de séminaire 2 et en visioconférence : lien de connexion disponible ici
Séance organisée par Laurence Dubois, en collaboration avec le séminaire Aliénation/Emancipation (Alice Braun)
Discutante: Hélène Solot (Université Paris Nanterre)
Geneviève Moulard (Université Paris Nanterre)
“Beauty and duty : construction de la féminité durant la Seconde Guerre mondiale”
La féminité et la mode sont loin d’être invisibles durant la Seconde Guerre mondiale. Elles peuvent être vues comme un effet de l’entrée des femmes britanniques en uniforme dans la sphère publique et du bouleversement des rôles de genre. Cependant, d’une part, la militarisation temporaire des femmes en secondant les hommes et l’austérité infligée par le gouvernement avec le rationnement ont fait craindre pour elles à une perte de féminité naturelle et à une dévalorisation de leur apparence, entraînant des conséquences sur leur moral pouvant nuire, entre autres, à un recrutement déjà difficile. D’autre part, l’inquiétude au niveau national d’une masculinisation des femmes en uniforme a gagné les plus hautes sphères de l’État. Le gouvernement a alors encouragé le maintien de la féminité, sous diverses formes, afin d’enrayer le risque de voir le port de l’uniforme entraîner également une menace dans l’opinion publique : il a exhorté la beauté à côté du devoir. Cette injonction faite aux femmes de la nation de garder une apparence soignée dans l’effort de guerre visait à prendre soin de leur aspect physique pour maintenir le moral, à la fois pour elles sur le Home Front, dans les services féminins des armées ou encore dans l’industrie de guerre, mais également pour les hommes mobilisés qui reviendraient un jour. En cette période difficile de pénurie des produits de beauté, la force du slogan beauty and duty, orchestré par le gouvernement et étendu à la nation entière, montre à lui seul à quel point la féminité est un concept historique, devenu central, couvrant le soin de l’apparence, la forme du corps et la tenue vestimentaire.
Nous examinerons un aspect majeur de cette injonction sur la beauté : son traitement médiatique durant la période dans laquelle la femme idéale devient celle qui, en termes publicitaires récurrents dans les magazines féminins, honore le lien subtil entre belle apparence et bon moral. Enfin, avec la construction et l’expression de la féminité patriotique voulue par le gouvernement pour maintenir le moral et garder l’illusion de normalité, l’expérience des années de guerre fait ressortir l’ancrage de la féminité de guerre dans l’Histoire. Ce concept historique aura également une influence sur la mode féminine adaptée aux conditions de guerre, en fusionnant le beautiful et le dutiful, malgré les contingences de classes. Le souci d’une apparence soignée dans les services des armées et la conformité aux conventions militaires sont le paradigme d’une nouvelle culture de la beauté et, par extension, de la mode qui s’imposera après la guerre comme un mythe.
Geneviève MOULARD est doctorante en 5ème année au CREA, à l’Université de Paris Nanterre, sous la direction de Charlotte Gould. Sa thèse porte sur ‘La féminité de guerre dans les forces armées britanniques durant la Seconde Guerre mondiale : entre sujétion et émancipation’ .
Julie Le Gac (Université Paris Nanterre & IUF)
« Cowards and martial misfits »: Genre et psychiatrie au sein de l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale constitue un moment décisif dans la prise en charge des troubles psychiques des combattants britanniques. Psychiatres et psychologues sont progressivement intégrés aux services de santé pour s’efforcer de contenir des troubles psychiques qui, représentant 20 % des pertes non mortelles au combat, menacent l’efficacité de l’armée. Prônant un diagnostic non stigmatisant (Not yet diagnosed puis Battle Exhaustion) et une prise en charge précoce, ils s’attachent à banaliser, de manière largement instrumentale, ces manifestations de souffrance psychique. Ce pragmatisme, comme le démontrera cette présentation, contribue à redéfinir les contours de la masculinité combattante. Il renforce en effet l’image de « héros tempérés » qui imprègne l’arrière ainsi que l’a souligné l’historienne Sonya O’Rose. Pour autant, la stigmatisation des défaillances des combattants par le commandement, les distinctions opérées selon le rang et l’origine témoignent de la persistance de préjugés tant raciaux que genrés. Les psychiatres, eux aussi, tant dans la prophylaxie des troubles, en valorisant l’idée d’une nécessaire « estime de soi virile » que dans les soins proposés – qu’il s’agisse de la recherche de prédisposition ou de l’insistance sur la nécessaire rééducation du soldat–, contribuent à pointer les défaillances des combattants comme des marques de faiblesse qui fragilisent leur masculinité.
Discutante: Hélène Solot (Université Paris Nanterre)
Geneviève Moulard (Université Paris Nanterre)
“Beauty and duty : construction de la féminité durant la Seconde Guerre mondiale”
La féminité et la mode sont loin d’être invisibles durant la Seconde Guerre mondiale. Elles peuvent être vues comme un effet de l’entrée des femmes britanniques en uniforme dans la sphère publique et du bouleversement des rôles de genre. Cependant, d’une part, la militarisation temporaire des femmes en secondant les hommes et l’austérité infligée par le gouvernement avec le rationnement ont fait craindre pour elles à une perte de féminité naturelle et à une dévalorisation de leur apparence, entraînant des conséquences sur leur moral pouvant nuire, entre autres, à un recrutement déjà difficile. D’autre part, l’inquiétude au niveau national d’une masculinisation des femmes en uniforme a gagné les plus hautes sphères de l’État. Le gouvernement a alors encouragé le maintien de la féminité, sous diverses formes, afin d’enrayer le risque de voir le port de l’uniforme entraîner également une menace dans l’opinion publique : il a exhorté la beauté à côté du devoir. Cette injonction faite aux femmes de la nation de garder une apparence soignée dans l’effort de guerre visait à prendre soin de leur aspect physique pour maintenir le moral, à la fois pour elles sur le Home Front, dans les services féminins des armées ou encore dans l’industrie de guerre, mais également pour les hommes mobilisés qui reviendraient un jour. En cette période difficile de pénurie des produits de beauté, la force du slogan beauty and duty, orchestré par le gouvernement et étendu à la nation entière, montre à lui seul à quel point la féminité est un concept historique, devenu central, couvrant le soin de l’apparence, la forme du corps et la tenue vestimentaire.
Nous examinerons un aspect majeur de cette injonction sur la beauté : son traitement médiatique durant la période dans laquelle la femme idéale devient celle qui, en termes publicitaires récurrents dans les magazines féminins, honore le lien subtil entre belle apparence et bon moral. Enfin, avec la construction et l’expression de la féminité patriotique voulue par le gouvernement pour maintenir le moral et garder l’illusion de normalité, l’expérience des années de guerre fait ressortir l’ancrage de la féminité de guerre dans l’Histoire. Ce concept historique aura également une influence sur la mode féminine adaptée aux conditions de guerre, en fusionnant le beautiful et le dutiful, malgré les contingences de classes. Le souci d’une apparence soignée dans les services des armées et la conformité aux conventions militaires sont le paradigme d’une nouvelle culture de la beauté et, par extension, de la mode qui s’imposera après la guerre comme un mythe.
Geneviève MOULARD est doctorante en 5ème année au CREA, à l’Université de Paris Nanterre, sous la direction de Charlotte Gould. Sa thèse porte sur ‘La féminité de guerre dans les forces armées britanniques durant la Seconde Guerre mondiale : entre sujétion et émancipation’ .
Julie Le Gac (Université Paris Nanterre & IUF)
« Cowards and martial misfits »: Genre et psychiatrie au sein de l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale constitue un moment décisif dans la prise en charge des troubles psychiques des combattants britanniques. Psychiatres et psychologues sont progressivement intégrés aux services de santé pour s’efforcer de contenir des troubles psychiques qui, représentant 20 % des pertes non mortelles au combat, menacent l’efficacité de l’armée. Prônant un diagnostic non stigmatisant (Not yet diagnosed puis Battle Exhaustion) et une prise en charge précoce, ils s’attachent à banaliser, de manière largement instrumentale, ces manifestations de souffrance psychique. Ce pragmatisme, comme le démontrera cette présentation, contribue à redéfinir les contours de la masculinité combattante. Il renforce en effet l’image de « héros tempérés » qui imprègne l’arrière ainsi que l’a souligné l’historienne Sonya O’Rose. Pour autant, la stigmatisation des défaillances des combattants par le commandement, les distinctions opérées selon le rang et l’origine témoignent de la persistance de préjugés tant raciaux que genrés. Les psychiatres, eux aussi, tant dans la prophylaxie des troubles, en valorisant l’idée d’une nécessaire « estime de soi virile » que dans les soins proposés – qu’il s’agisse de la recherche de prédisposition ou de l’insistance sur la nécessaire rééducation du soldat–, contribuent à pointer les défaillances des combattants comme des marques de faiblesse qui fragilisent leur masculinité.
Julie Le Gac est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris Nanterre et membre junior de l’IUF (2020-2025). Centrées sur la Seconde Guerre mondiale, ses recherches portent sur l’histoire des combattants, des violences de guerre, du genre et de la psychiatrie.
Mis à jour le 31 mars 2026
Contact :
Laurence Dubois : ldubois@parisnanterre.fr