Séminaire ORUS : Anissa Khamkham - Du militantisme à la conquête du pouvoir politique : le mouvement noir étatsunien en Caroline du Nord, 1965-2014

Publié le 1 février 2026 Mis à jour le 1 février 2026
Date(s)

le 16 février 2026

17h30 - 19h
Lieu(x)

Bâtiment Ida Maier (V)

Salle V407, bâtiment Ida Maier
Le rôle des stratégies électorales au sein du Long Mouvement de Libération Noire fait l’objet de nombreux débats parmi les historiens et les politistes.  L’adoption de stratégies de conquêtes électorales et l’élection de représentants noirs après le Voting Rights Act de 1965 a souvent été comprise comme une simple conclusion positive au Mouvement des droits civiques, signe du succès de l’intégration politique des Africains Américains. D’autres y voient au contraire une victoire à la Pyrrhus, ayant mené à la dé-radicalisation et à la démobilisation du mouvement tout en faisant émerger une élite politique noire déconnectée des revendications de la grande majorité des Africains Américains.
En s’appuyant sur une série d’études de cas à différentes échelles en Caroline du Nord et en mobilisant l’approche historiographique du Long Mouvement de Libération Noire, ma thèse soutient, au contraire, que le recours aux stratégies électorales doit être analysé sous le prisme de la continuité. Le monopole politique exercé par les élus blancs dans les instances locales de pouvoir avait des conséquences très concrètes sur les conditions matérielles de vie et de travail des Africains Américains, puisque ces instances contrôlaient la distribution des ressources, des droits politiques et l’organisation de l’espace (cartes électorales, cartes scolaires, ségrégation résidentielle, zonage).
Par conséquent, la conquête du pouvoir politique après 1965 s’imposa comme un levier d’action crucial, en parallèle d’autres modalités du répertoire d’action collective des luttes politiques africaines-américaines grassroots. Loin de disparaître, celles-ci se reconfigurèrent au cours des années 1980 et 1990 pour attaquer de front les multiples facettes du racisme systémique : la destruction des quartiers noirs, le racisme environnemental, l’exploitation économique, la répression du syndicalisme, la destruction de l’État-Providence et les politiques de marginalisation voire d’obstruction des électeurs noirs.
À partir de l’exploitation de fonds d’archives d’élus, d’organisations politiques et militantes africaines-américaines, de la presse locale et d’entretiens d’histoire orale, l’étude menée repense l’agentivité politique noire dans un État du Sud, foyer historique du mouvement mais aussi de la contre-offensive conservatrice et des batailles juridiques autour de l’application du VRA, et ce jusqu’à aujourd’hui. Mettre l’agentivité politique du point de vue des concernés au cœur de l’analyse permet de montrer comment et pourquoi la politique électorale s’est imposée comme un outil incontournable pour l’avancée du mouvement de libération noire, non sans tensions et négociations.

Anissa Khamkham, actuellement ATER à Sorbonne Université, est une jeune chercheuse en études américaines, affiliée au CAS à l’Université Toulouse Jean Jaurès et au CREA à Nanterre. En décembre dernier, elle a soutenu sa thèse intitulée : « Du militantisme à la conquête du pouvoir politique : le mouvement noir étatsunien en Caroline du Nord, 1965-2014 ».


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Mis à jour le 01 février 2026